InternationalPolitique

Armin Laschet : le nouveau président de la CDU.

Le samedi 16 janvier, la Christlich Demokratische Union (union-chrétienne démocrate, CDU) se tenait en congrès pour élire le nouveau président du parti d’Angela Merkel. C’est Armin Laschet qui a été désigné pour succéder à Annegret Kramp-Karrenbauer.

Portrait d’Armin Laschet, le président de la CDU.

Le successeur d’Annegret Kramp-Krauenbauer.

En 2018, lors du congrès de la CDU qui devait élire le successeur d’Angela Merkel à la présidence de la CDU, c’est Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée AKK, qui s’était imposée. Elle était ouvertement très proche de Merkel, et était son « héritière désignée ». Elle comptait lui succéder à la chancellerie. Cependant, ses ambitions ont été mises à mal en février 2019. En effet, le 10 février 2019 elle annonçait son départ de la présidence du parti, et son renoncement à la candidature pour la chancellerie. Cette décision a été prise après l’élection en Thuringe du candidat libéral-démocrate (FDP) Thomas Kemmerich par les voix de la CDU et de l’AfD (Alternative für Deutschland, parti d’extrême droite) le 5 février. Cet épisode avait révélé des divergences dans le parti. La CDU s’interdit de coopérer avec l’AfD. Cependant, en Thuringe, les élus de la région s’étaient alliés avec l’AfD contre les directions d’AKK, afin de ne pas reconduire le président de la région sortant appartenant au parti de la gauche, Die Linke. 

Trois hommes candidats au profil différent.

Les trois candidats à la présidence Friedrich Merz, Norbert Röttgen et Armin Laschett lors du « Congrès digitale » le 16 janvier 2021.

Trois candidats étaient en compétition pour succéder à l’ancienne présidente de la CDU Annegret Kramp-Karrenbauer : Armin Laschet, Friedrich Merz et Norbert Röttgen. Armin Laschet est le candidat qui se place dans la continuité de la chancelière actuelle, Angela Merkel. Actuel président du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, il a toujours soutenu la chancelière, notamment sur les questions d’immigration en Allemagne. Tout comme Mme Merkel, il était le candidat du compromis. Friedrich Merz, lui, représente l’aile droite du parti et est plus clivant. En effet, il est plus conservateur et a notamment été opposé aux choix sur les questions migratoires d’Angela Merkel. Il reproche à la CDU de s’éloigner de sa ligne originale, et donc de la droite. En se rapprochant du centre, selon lui la CDU laisse la place au parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD). Il avait déjà tenté de prendre la succession de la direction du parti face à AKK en 2018. Enfin, Norbert Röttgen, ancien ministre de l’environnement de 2009 à 2012, incarne la modernité. Sensible aux questions environnementales, il prône pour un parti plus jeune et plus féminin. Si ces trois hommes ont des idées très différentes, ils se rapprochent tout de même sur un point : ce sont des hommes chrétiens, proche de 65 ans, pères de trois enfants. Contrairement à Mme Merkel qui est une femme, divorcée, protestante, sans enfant, ayant grandi en Allemagne de l’est, ils semblent suivre un parcours plus classique.

Le choix de la continuité des membres du parti.

Armin Laschet et la chancelière Angela Merkel.

Durant ce « congrès digital », ce sont les 1 001 délégués du parti qui ont voté à distance pour leur président. Ainsi, si les derniers sondages donnaient Friedrich Merz gagnant à 29% selon les sympathisants de la CDU, les délégués du parti ont eux choisi la continuité. Ils semblent vouloir garder la ligne qu’a menée Angela Merkel depuis qu’elle a pris la tête du parti en 2000. Les membres du parti ont préféré s’assurer de l’expérience de l’homme qui dirige le Land le plus peuplé d’Allemagne, et de celui qui a toujours adopté la même ligne politique qu’Angela Merkel. Même si au début de la crise du COVID-19, Armin Laschet souhaitait des restrictions plus légères, il s’est finalement accordé avec la chancelière et soutient des mesures plus fermes. Il a réussi à rassembler et conquérir une large frange du parti en se présentant en « ticket », en binôme, avec l’actuel ministre de la santé, Jens Spahn, qui adopte des positions plus conservatrices. Par le vote d’Armin Laschet, pour qui « une rupture avec Angela Merkel serait une folie », les membres de la CDU ont montré qu’ils désiraient voir la politique d’Angela Merkel perdurer, après 18 ans à la tête du parti.

La course à la chancellerie.

Si cette élection était aussi importante en Allemagne, c’est parce que le président de la CDU élu pourrait être le candidat à la chancellerie lors des prochaines élections générales le 26 septembre prochain. Il succéderait ainsi aux seize années d’Angela Merkel passées à la tête du gouvernement allemand. En Allemagne, il y a un président, Frank-Walter Steinmeier, mais celui-ci n’a aucun pouvoir politique, et c’est le chancelier, à la tête du pouvoir exécutif qui dirige le pays. Ainsi, succédant à la présidence du parti, Armin Laschet pourrait devenir le prochain chancelier. Cependant, ses positions ne sont pas encore définies, et il pourrait laisser sa candidature à la chancellerie à Jens Spahn, celui avec qui il a été élu en ticket. Cependant, aujourd’hui aucun des deux hommes ne se sont clairement exprimés sur le sujet. Mais Markus Söder pourrait également participer à la course pour la chancellerie. En effet, il est le président de la Christlich-soziale union in Bayern (Union sociale-chrétienne de Bavière, CSU), le parti avec lequel la CDU est alliée au niveau fédéral. Markus Söder est également le président de la Bavière, et est notamment très apprécié pour la gestion de la crise dans ce Land. Le candidat au poste de la chancellerie de la CDU/CSU se trouve donc parmi Armin Laschet, Jens Spahn et Markus Söder. Ainsi, le départ d’Angela Merkel de la chancellerie laisse place au doute sur la figure qui dirigera l’Allemagne, moteur de l’Union Européenne, puissance économique, et partenaire indispensable de la France.

Plus dans :International

0 %