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Covid-19 : Quels impacts sur l’économie française et mondiale ?

©LUDOVIC MARIN / AFP

Pourquoi une récession ?

Depuis le 17 mars, les Français sont dans l’obligation de rester chez eux, et seuls les commerces essentiels sont ouverts au public. Les restaurants, musées, cinémas, piscines, bibliothèques… ont fermé leurs portes. Pour qu’il y ait une croissance économique (Ici parlons plutôt d’expansion économique : NDLR), il faut que le PIB (produit intérieur brut) soit supérieur au PIB de l’année précédente. Autrement dit, il faut que la somme des biens et services produits soit supérieure à celle de l’année précédente. La production et la vente étant à l’arrêt depuis trois semaines, il est fort probable qu’en 2020 le PIB soit inférieur à celui de 2019. Dans ce cas là, on parle de récession. La somme des biens et services produits sera inférieure à la somme des biens et services produits en 2019. Ce trimestre-ci, le PIB a diminué de 6 % par rapport au précédent, ce qui est la pire performance depuis 1945, selon la Banque de France.

Cette crise sanitaire s’accompagne d’une hausse du chômage

Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP

Beaucoup d’entreprises sont à l’arrêt par mesure de sécurité, et beaucoup de secteurs sont touchés : la restauration, le tourisme, l’immobilier, le transport… Par conséquent, ces entreprises ne perçoivent aucune rentrée d’argent. Elles ne peuvent donc pas rémunérer leurs salariés, et se voient contraintes de les mettre au chômage partiel. Selon la ministre du travail, Muriel Pénicaud, c’est un salarié du privé sur quatre qui se retrouve au chômage partiel. Cette hausse du chômage n’est pas exclusive à la France, c’est le cas dans toute l’Europe, et aux États-Unis. Au Royaume-Uni, un patron de pub a conseillé à sa main d’œuvre de postuler pour un poste en supermarché pour s’assurer un revenu. En Norvège, le nombre de personnes demandant une allocation chômage est passé de 2,3 % de la population active à 10,4 % en un mois. L’aéroport de Budapest en Hongrie a licencié 15 % de ses effectifs. Le nombre est impressionnant aux États-Unis où sur la semaine du 16 au 22 mars, 3,3 millions d’Américains ont demandé une allocation chômage. Ils étaient 6,6 millions à en demander une sur la semaine suivante. Ainsi, en deux semaines, ce sont 10 millions d’Américains qui se sont retrouvés sans emploi. Le chômage de masse est donc inévitable pendant cette crise au vu du nombre de secteurs à l’arrêt. Mais si la plupart des secteurs sont à l’arrêt total et sont dans l’obligation de licencier leurs employés, d’autres recrutent massivement. C’est notamment le cas des supermarchés, mais aussi d’Amazon qui prévoit 80 000 à 100 000 embauches pour assurer la préparation et la livraison des commandes qui sont en hausse. Les supermarchés voient le nombre de clients augmenter et surtout leur panier grossir. Au Royaume-Uni, la chaîne de grande distribution Tesco a embauché 45 000 personnes en deux semaines pour faire face à la hausse des achats, qui ont augmenté de 30 %, mais également à l’absence des employés malades.

Quelles mesures les gouvernements ont-ils adoptées pour faire face à ce chômage ?

Pour faire face à cette hausse de chômage et anticiper la reprise économique, le France et plusieurs autres pays ont demandé à leurs entreprises de privilégier le chômage partiel. Pour assurer un revenu aux travailleurs se retrouvant au chômage partiel, la France a voté un projet de loi d’urgence : le gouvernement assure que le salarié recevra 84 % de son salaire, et que le patron le recevra à 100 %, dans la limite de 4,5 SMIC. Au Royaume-Uni, Boris Johnson a assuré que l’État paierait 80 % du salaire des employés si l’entreprise ne licenciait pas. Une telle mesure avait déjà été mise en œuvre en 2008 en Allemagne où celle-ci s’était engagée à payer les salariés au chômage partiel de 60 à 67 % de leur salaire habituel. Pour faire face au chômage de masse et empêcher que certains travailleurs ne se retrouvent sans revenu, les États s’engagent donc à payer partiellement les employés et patrons. Ces mesures ont également pour objectif d’empêcher que les entreprises fassent faillite, ce qui serait un frein à une relance économique après cette crise.

Quelles mesures pour assurer une relance de l’économie ?

Tous les gouvernements sont d’accord dans la volonté d’une reprise économique après cette crise. Pour limiter l’endettement des entreprises, la plupart des pays de l’Union Européenne ont décidé d’un report des cotisations sociales et des impôts. De plus, ils garantissent aux entreprises des prêts sans limite. Des mesures plus particulières sont ensuite prises par les différents pays : en Italie, le gouvernement prévoit la nationalisation de la compagnie aérienne Alitalia. Au Royaume-Uni, le gouvernement prend en charge l’ensemble des pertes du trafic ferroviaire. Les pays européens mettent donc en place des plans de relance économique. L’État augmente ses dépenses en investissant dans certains secteurs pour assurer une reprise de la production et des ventes. Cependant, après la crise économique de 2008, ces pays avaient vu leur déficit public augmenter, ce qui fut le début de la crise des dettes souveraines. En effet, les États avait déjà augmenté leurs dépenses publiques, et, les banques centrales prêtaient de l’argent à des taux d’intérêts élevés, ce qui accroissait le montant de la dette des États. Ces mesures de relance de l’économie vont donc contribuer à creuser la dette de ces États. Ainsi, le montant de l’ensemble des plans de relance est estimé à 2,6 % du PIB mondial. Ces nouvelles dettes sont craintes en Europe, où celles-ci étaient déjà élevées avant cette crise sanitaire. En France, en 2019, la dette publique représentait 101 % du PIB, elle est estimée à 141 % pour 2020. Même scénario en Italie : en 2019 la dette publique représentait 135 % du PIB, elle est estimée à 181 % du PIB pour l’année 2020.

Cette crise sanitaire a donc de lourdes conséquences sur l’économie mondiale. Les pays envisagent de mettre en œuvre des plans de relance économique, ce qui ne va faire que creuser le déficit public de chaque pays. Les agences de notation vont donc sûrement devoir baisser les notes attribuées aux État ou revoir leurs critères. Cela aura un impact sur les taux d’intérêts directeurs auxquels les banques centrales vont prêter. Il va donc falloir que les créanciers fassent confiance aux États pour ne pas prêter à des taux d’intérêts trop élevés, ce qui aggraverait encore la dette des États.

Cependant, les États ne sont pas réellement en mesure de planifier les futures décisions économiques. La fin de cette crise n’est pas prévisible, et tous les États sont dans l’incertitude. Ils doivent déjà faire face aux difficultés éprouvées par les personnels hospitaliers, et les personnes travaillant dans les services de santé.

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