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Joe Biden gagnant des élections, résultats contestés … Le point des élections américaines un mois après le vote populaire.

Le 3 novembre dernier, les américains ont voté pour les grands électeurs qui éliront le président des Etats Unis le 14 décembre prochain. Dans les jours qui ont suivi, le monde entier s’est tourné vers les Etats Unis pour savoir si les américains avaient choisi de reconduire Trump, ou d’opter pour la stabilité, et le retour au calme dans leur pays.

Les élections présidentielles américaines, le processus.

Aux Etats Unis, le président n’est pas élu au suffrage universel direct, mais indirect. C’est à dire que ce n’est pas le peuple qui élit directement le président, mais un collège électoral élu. Le 3 novembre dernier, les américains ont voté pour ces grands électeurs. Ce collège électoral comporte 538 membres. Chaque Etat élit un certain nombre de grands électeurs selon des critères démographiques. Par exemple, la Californie compte 55 grands électeurs, et l’Alaska n’en compte que 3. Les américains votent donc le 3 novembre pour un grand électeur de leur circonscription soit républicain, soit démocrate. Ensuite, les résultats de chaque grande circonscription sont ramenés au niveau de l’Etat en question. Mais un grand électeur républicain ne votera pas forcément pour le candidat républicain à la présidentielle. En effet, aux Etats-Unis la règle du « winner takes all » s’applique. Cela signifie que tous les grands électeurs d’un Etat devront voter pour le président qui représente le parti qui a remporté le plus de grands électeurs dans l’Etat. Par exemple, cette année en Californie, le parti démocrate a remporté 64,62% des votes populaires, et le parti républicain 33,41%, mais c’est le parti démocrate qui remporte les 55 électeurs. Il n’y a pas 64,62% d’entre eux qui voteront pour Biden et 33,41% pour Trump. Comme la parti démocrate est arrivé en tête dans cet Etat, les 55 grands électeurs voteront pour le candidat démocrate le 14 décembre. Pour qu’un candidat soit certain d’être élu, il faut qu’il obtienne au moins 270 grands électeurs sur les 538 qui composent le collège électoral. Cette année, Biden a remporté 306 grands électeurs contre 232 pour Donald Trump. C’est donc le candidat démocrate qui a été élu le 46ème Président des Etats-Unis.

Une victoire démocrate, mais des résultats pas à la hauteur des attentes.

Les démocrates espéraient voir une vague bleue déferler sur les Etats Unis, en réaction aux 4 ans du président Trump passées à la Maison Blanche. Mais outre les grands électeurs, les américains votaient le 3 novembre dernier également pour le renouvellement de moitié de la chambre des représentants (Chambre basse). Celle-ci était à majorité démocrate depuis les dernières élections de mi-mandat en 2018. Mais cette année, les démocrates ont perdu 15 sièges. Cette vague bleue attendue qui n’est pas arrivée peut s’expliquer de plusieurs façons. Tout d’abord, même si les électeurs afro-américains ont voté en majorité pour Joe Biden, certains se sont davantage dirigés vers le candidat républicain qu’en 2016, malgré le mouvement Black Lives Matter (+ 6 points selon un sondage de sortie des urnes par un consortium de média). On observe le même constat pour l’immigration latina (+ 4 points selon le même sondage). Cette hausse s’explique notamment par la peur du socialisme chez les populations cubaine et vénézuélienne, ce qui explique que la Floride ait été remportée par les républicains. Ensuite, la victoire timide s’explique par une division au sein du parti démocrate entre l’aile gauche et le centre. Ainsi, un pacte a été passé entre ces deux bords pendant la campagne. Joe Biden a accepté une grande partie des mesures de l’aile gauche, comme sur le climat par exemple, en échange, les représentants de la gauche ne devaient pas faire trop de bruit pour ne pas effrayer les électeurs. Or, c’est ce pacte qui pourrait être à l’origine de cette petite victoire. En effet, des représentants de cette aile gauche, comme Alexandria Occasio-Cortez, ont dénoncé le manque d’activisme des candidats centristes, qui, selon elle, ont pris pour acquis leur poste. Elle a ajouté : « Pointer du doigt et dire aux autres ce qu’ils doivent faire approfondit les divisions au sein du parti ». Ainsi, malgré cette victoire, le parti démocrate doit tout de même se remettre en question pour apparaître comme un parti uni pour les élections de mi-mandat en 2022, et les prochaines élections présidentielles.

Donald Trump, le refus de la défaite.

Depuis le 7 novembre, nous savons donc que c’est Joe Biden qui a remporté les élections présidentielles. Cependant, depuis ce jour, et encore aujourd’hui, Donald Trump refuse d’accepter cette défaite, et dénonce une fraude massive. En effet, comme il l’avait prévenu pendant sa campagne, il met en cause l’usage du système de vote à distance, qui est selon lui défaillant. Donald Trump a donc demandé un recompte des voix dans plusieurs Etats où les démocrates l’ont emporté. Au total, des recours ont été déposés dans six Etats par les avocats de Donald Trump : dans le Wisconsin, la Pennsylvanie, la Georgie, le Nevada, le Michigan et l’Arizona. A l’heure actuelle, des recours sont toujours en cours. Mais en Pennsylvanie, en Georgie, au Nevada, en Arizona et dans le Michigan, les recours ont été rejetés par les autorités. Il ne reste donc plus qu’un recours dans le Wisconsin qui est en cours. En plus de cette défaite judiciaire, Donald Trump perd des soutiens au sein de son propre parti, et de sa propre administration. En effet, le secrétaire d’Etat de la justice Bill Barr a déclaré n’avoir constaté aucune fraude lors des élections présidentielles.

Ce 23 novembre, Donald Trump a finalement recommandé de lancer la procédure de transition, sans toutefois reconnaître sa défaite. Joe Biden peut donc enfin accéder aux ressources qui sont prévues par la Constitution pour engager les membres de son administration, et commencer à travailler sur les projets importants, dont celui de reprendre en main la gestion de la crise du COVID-19.

Comment Donald Trump peut-il occuper ses dernières semaines à la Maison Blanche?

Comme nous l’avons dans les jours suivant les résultats de l’élection, Donald Trump pourrait se remettre intensivement aux golf. 

Le président en place n’a toujours pas reconnu la victoire de Joe Biden, et ne l’a toujours pas appelé pour le féliciter, et il ne le fera surement pas. Donald Trump a par ailleurs, dans une allocution le 2 décembre, esquissé l’idée de ne pas se rendre à la cérémonie d’investiture de Joe Biden le 20 janvier prochain, pour annoncer sa candidature aux prochaines élections présidentielles de 2024. Le président a déclaré : « Ce furent quatre années fantastiques. Nous essayons de faire quatre ans de plus. Sinon, je vous reverrai dans quatre ans ».

Si Donald Trump manque de respect à Joe Biden, il n’envisage plus de rester à la Maison Blanche quoiqu’il en coute. Cette situation n’est d’ailleurs pas prévu par la Constitution, et ce qui aurait pu se passer, est que Joe Biden demande aux autorités de déménager Donald Trump de force de la Maison Blanche. 

Mais Donald Trump peut encore utiliser son statut de Président pour ne pas faciliter le début de mandat de son successeur. Cette période de transition a d’ailleurs été utilisé par les précédents présidents pour se positionner sur des sujets sensibles. Par exemple Gérald Ford a gracié le président Nixon, Ronald Raegan a entamé un dialogue avec l’organisation de libération de la Palestine, Georges Bush a décidé d’intervenir en Somalie et Barack Obama a laissé adopter une résolution eu Conseil de Sécurité de l’ONU qui déclare les colonies de peuplement israéliennes illégales. Que peut faire Donald Trump? Il peut procéder à une vague de révocations au sein de son administration, comme il l’a déjà fait avec le secrétaire d’Etat à la défense, afin qu’il puisse prendre les décisions qu’il souhaite sans opposition. Il pourrait également démissionner quelques jours avant la procédure d’investiture. Il laisserait donc sa place à son Vice Président Mike Pence, qui deviendrait le 46è Président des Etats Unis, et qui pourrait gracier Donald Trump, contre qui de nombreuses enquêtes judiciaires pourraient commencer une fois qu’il sera redevenu simple citoyen des Etats Unis. Au delà de se décharger de toute enquête judiciaire, Donald Trump mettrait dans l’embarras tous les journalistes et les organisateurs de la cérémonie d’investiture, en faisant de Joe Biden le 47è Président des Etats Unis et non le 46è. Pendant son mandat, il a évoqué plusieurs fois le fait qu’il avait le bouton nucléaire sur son bureau, prêt à l’utiliser. On peut espérer que son doigt ne glisse pas dessus d’ici le 20 janvier.

En attendant cette cérémonie d’investiture, nous suivrons de près les élections du 14 décembre. Mais une chose est sûre : la cérémonie d’investiture sera inédite, avec un président sortant absent qui annoncera sa candidature pour les prochaines élections, et un président entrant qui prêtera peut être serment avec un pied dans le plâtre.

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