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L’Ecosse et un deuxième divorce pour le Royaume-Uni?

Le 6 mai dernier, des élections locales se tenaient au Royaume Uni. Le même jour, les parlements écossais et gallois ont été renouvelés. Ces élections devaient initialement se tenir en mai 2020, mais ont été repoussées d’un an à cause de la crise sanitaire.

Boris Johnson est venu célébrer la victoire de la candidate conservatrice à Hartlepool, vendredi 7 mai. OLI SCARFF / AFP

Victoire du parti conservateur lors des élections locales

Le parti conservateur (les tories) s’est imposé lors de ces élections locales. Le parti dispose notamment d’un membre de plus à la Chambre des Communes. En effet, à Hartlepool, bastion travailliste et pro-Brexit, un élu conservateur s’est fait élire pour la première fois depuis 50 ans. Plus généralement, les conservateurs se sont imposés dans les régions industrielles du nord de l’Angleterre. Boris Johnson, chef du parti et Premier Ministre britannique, s’est félicité dès le lendemain de cette victoire « historique » et des « résultats encourageants ». Ainsi, malgré les récents scandales sur Boris Johnson, le parti a bien passé le test des élections, les premières après le Brexit. Ces bons résultats peuvent s’expliquer par la popularité de Boris Johnson. En effet, il a réussi à mener à bien le Brexit. Si les bastions travaillistes ont voté pour les conservateurs, c’est parce qu’ils étaient pro-brexit, or, c’est le parti conservateur qui a divorcé de l’Union Européenne. Mais Boris Johnson est également apprécié pour sa gestion de la crise sanitaire. Le Royaume-Uni a été particulièrement victime de la crise, mais c’est le premier pays d’Europe à en sortir. Premier à se lancer dans la vaccination, celle-ci a été très rapide, permettant aux britanniques de retrouver les restaurants, pubs et lieux culturels depuis le 12 avril.

Le Premier Ministre actuel sort donc renforcé de ces élections, ce qui est loin d’être le cas du parti travailliste.

Déclin du parti travailliste (le Labour)

Si le parti conservateur a réussi à gagner des bastions travaillistes, cela signifie que le parti subit une baisse d’adhésion de la part des britanniques. La mairie de Londres reste aux mains des travaillistes. Mais le maire, Sadiq Kahn, perd de la force puisque moins de sièges sont occupés par le parti travailliste. De plus, le Labour est en situation de faiblesse dans les régions industrielles d’Angleterre, où ils bénéficient d’habitude d’un large soutien. 

Mais ce déclin n’est pas soudain, et avait déjà été amorcé en 2019. En effet, le parti avait déjà perdu plusieurs circonscriptions du « Red Wall » (« Mur Rouge »), habituellement travailliste.

Ces résultats sont donc décevants pour le chef du parti, Keir Starmer, qui avait commencé à réformer le parti après le départ de son prédécesseur, Jeremy Corbin. Il souhaitait une ligne plus centriste et remettre le parti sur pied après la défaite aux élections législatives de 2019. Un autre membre du parti, Richard Burgon, a déclaré :  « Nous reculons dans des zones où nous devons gagner. La tête du Labour doit urgemment changer de direction ». En effet, cette défaite met en cause la capacité du parti travailliste à s’imposer et à offrir une offre politique qui correspond à une demande des électeurs qui n’est plus la même.  

Keir Starmer lors d’un discours, le 22 septembre 2020, à Doncaster, au Royaume-Uni. (STEFAN ROUSSEAU / AFP)

Une victoire des indépendantistes en Ecosse

Le 6 mai, les écossais ont également voté pour renouveler le Parlement régional. Le SNP (Parti National écossais), indépendantiste, a obtenu 64 sièges sur 129. Il lui manque donc un siège pour avoir une majorité. Mais les verts, indépendantistes, ont également obtenu de bons résultats avec 8 sièges en plus que lors du précédent mandat, donnant ainsi une large majorité aux indépendantistes. La cheffe du SNP et Première Ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a demandé à Boris Johnson, dès l’annonce des résultats officiels, à ne pas s’opposer à la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. En effet, depuis le Brexit, les écossais sont plus nombreux à souhaiter l’indépendance, pour revenir au sein de l’Union Européenne (UE).

Nicola Sturgeon après le résultat des élections, le 9 mai 2021 a déclaré que  “tout politicien londonien qui ferait obstacle à ce référendum, se battrait avec les souhaits démocratiques du peuple écossais”.
(AP Photo/Scott Heppell)

Un deuxième divorce pour Boris Johnson?

Si les écossais avaient majoritairement voté contre (55%) l’indépendance de l’Ecosse lors d’un référendum en 2014, le Brexit et la crise du covid-19 semblent avoir changé les avis sur la question. En effet, en 2016, lors du vote pour le Brexit, les écossais s’y étaient opposés à 62%. La majorité des écossais souhaitaient donc rester membre de l’UE. C’est à ce moment là où la question indépendantiste a refait surface, et des personnes modérées ont basculé pour l’indépendance. La seule façon de rester membre de l’UE est l’indépendance de l’Ecosse. Ainsi, les pro-UE se sont assimilés aux pro-indépendance. C’est donc dans cet esprit que le SNP souhaite organiser un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

Boris Johnson est réticent à l’idée d’organiser un nouveau référendum. En effet, l’indépendance de l’Ecosse signifierait pour lui un échec et pourrait mettre fin à sa carrière politique. Mais il a invoqué l’argument de la souveraineté pour justifier et promouvoir le Brexit. Ainsi, refuser à l’Ecosse la tenue d’un référendum, serait comme si on lui avait refuser le Brexit. Boris Johnson ne pourra donc pas tenir tête indéfiniment à l’Ecosse. Indépendance écossaise ou non, depuis le Brexit, le Royaume-Uni subit un délitement progressif.

Cependant, tous les écossais ne sont pas pour l’indépendance. En effet, certains craignent que la rupture avec le Royaume Uni, même si l’Ecosse réintègre l’UE, soit néfaste. Ils craignent pour leur sécurité et les conséquences économiques. La question de l’affirmation de l’identité écossaise au sein du Royaume-Uni ou indépendante est encore loin d’être résolue.

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