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Les hirondelles de Kaboul, Critique et présentation.

Une petite présentation de l’auteur.

Yasmina Khadra est le pseudonyme de Mo-hammed Moulessehoul, né en 1955 dans le Sahara algérien. Engagé dans la guerre civile algérienne, il se fait publier anonymement pour contourner la censure.

Il consacre une trilogie au conflit entre Orient et Occident composée des Hirondelles de Kaboul (2002), de l ’Attentat (2005) et des Sirènes de Bagdad (2006).

Le 27 septembre 1996, Kaboul tombe aux mains des Talibans. C’est ici, « dans le mutisme des rocailles et le silence des tombes, parmi la sécheresse des sols et l’aridité des cœurs, qu’est née notre histoire comme éclot le nénuphar sur les eaux croupissantes du marais ».

Voilà un extrait de l’introduction du roman de Yasmina Khadra, aux airs du choeur du Roméo et Juliette, dont l’écriture poétique ancre le récit dans une réalité historique et humaine. Celle de l’occupation des Taliban, des libertés bafouées.

La finesse de l’écriture se retrouve dans les dessins du film. La douceur des traits à l’aquarelle dessine les brutalités, les atrocités qui peuplent la ville. La ligne disparaît, apparaît, semble insaisissable, à l’image d’une liberté devenue incertaine. Le choix du dessin, comme celui de la poésie permet à la violence du conflit de s’affirmer. Ce contraste révèle une brutalité inouïe qui, peu importe la beauté de l’art qui la porte, est inaltérable.

Dans un quotidien où lapidations et exécutions sur la place publique rythment la vie des habitants, nous nous apprêtons à rencontrer quatre personnages, vacillants entre humanité et cruauté, entre espoir et résignation.

  • Il y a Atiq Shaukat, une cravache à la main pour se frayer un chemin parmi les foules. C’est un intégriste qui garde la prison où sont détenues les femmes avant d’être lapidées. Geôlier qui « se surprend, parfois, à ne craindre que vaguement les foudres du ciel ». Il est encore tenté par un reste d’humanité qui subsiste en lui. Reconnaissant envers sa femme, il va contre l’opinion de ses camarades refusant, eux, de considérer les femmes.
  • Sa femme Mussarat, atteinte d’un cancer incurable, est désireuse de passer ses derniers instants auprès de lui. Pleine d’amour et de compassion elle se bat pour montrer à Atiq que son humanité mérite d’être libérée.
  • Zunaira, dont le désir de liberté ne peut être assouvi est avocate dans le livre et artiste dans l’adaptation. Zunaira est terriblement amoureuse de son mari, Moshen. Refusant d’être réduite à un objet sous son Tchadri, elle s’oppose à son port. Ce jeune couple est plein de promesse, ils ont soif de vivre et de s’aimer.
  • Le jeune Moshen, bouleversé lors de la première exécution à laquelle il assiste, découvre qu’il peut s’y habituer au point de s’y diriger lui-même…

Un acte impardonnable de Moshen conduit le couple au bord du précipice. Zunaira et Atiq se rencontrent dans la prison de ce dernier… 

… des destins qui se mêlent, s’emmêlent et se brisent

C’est une histoire qui donne à penser le monde, tant d’un point de vue historique qu’émotionnel. L’écriture et les dessins nous transportent.

Ivre de poésie à sa lecture, comblée de beauté à sa vision, frappée par cette réalité, je ne peux que vous inciter à la découvrir. Une histoire tragique et sublime, un combat pour la liberté et le réveil de la sensibilité. Les Hirondelles de Kaboul est une ode à l’humanité qui sommeille en chacun de nous.

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