Lettre ouverte des lycéens de Lormont sur la réforme du Baccalauréat.

Relayer cette lettre est un choix, le débat est ouvert à tous, comme dans toute démocratie. Nous rappelons, en effet, la liberté d’expression ou de « non-expression » qui entraîne le droit au désaccord mais non à la violence.

« À vous qui lisez cette lettre, entendez-nous, comprenez-nous.
Récemment, une réforme du bac a été mise en place, bouleversant l’ancien
système qui, s’il avait ses défauts, était cependant compréhensible et moins épars.
Comment sommes-nous censés faire face à une réforme d’une telle ampleur ? Nous
souhaitons attirer votre attention sur trois points qui nous semblent d’importance
primordiale.

Dans un premier temps, ce qui nous laisse muets de stupéfaction est sans
aucun doute le manque d’informations, et d’organisation. Au moment où nous vous
écrivons cette lettre, une semaine avant de passer nos premières épreuves
anticipées, nous recevons encore des informations contradictoires, notamment en ce
qui concerne les différences entre les épreuves de LV1 et LV2. De plus, nos
professeurs semblent aussi déstabilisés que nous et c’est ce lundi 13 janvier que l’un
de nos professeurs a dû suivre une formation de deux heures sur comment corriger
les E3C. À une semaine de l’épreuve. Mais ce n’est visiblement pas suffisant,
puisque les rares promesses que l’on nous fait ne sont pas tenues : qu’est-il advenu
de cette fameuse banque de données regroupant près de 300 sujets, tous
consultables ?
Par ailleurs, ce flou n’est pas valable que dans les délais les plus immédiats
puisqu’il touche aussi notre futur. En effet, les écoles du supérieur ne lâchent les
informations qu’au compte-goutte concernant leurs attentes vis-à-vis de nos choix en
matière d’enseignements de spécialité. Or, au vu de la masse d’enseignements
différents, les voies qui s’offrent à nous sont bien plus restrictives, et un mauvais
choix pourrait être lourd de conséquences. N’étions-nous pas censés passer un bac
dit « général » ? C’est de notre avenir dont il est question : pourtant, on a presque
l’impression de le jouer aux dés. C’est un stress supplémentaire qui n’était
certainement pas nécessaire.

À cette angoisse s’ajoute celle due aux programmes. Nous avons pu constater
que nous étudions actuellement des thèmes abordés en année de terminale jusqu’à
présent. C’est notamment le cas en Enseignement scientifique, où des élèves ayant
pour enseignements de spécialité des matières telles que les SVT, les Sciences
physiques et les Mathématiques affirment trouver les notions plus compliquées dans
cette matière appartenant pourtant au tronc commun.
Difficulté mise à part, le programme est si chargé que nous n’avons pas le
temps d’approfondir et ne faisons que survoler. Résultat ? Rien n’a le temps de
s’imprimer, et on n’a pas le sentiment d’avoir appris quelque chose.
Or M. Blanquer avait déclaré souhaiter rehausser le niveau de l’école
française. C’est compréhensible. Toutefois, de tels objectifs nécessiteraient de
commencer un nouvel apprentissage dès la primaire. Se réveiller un matin et
imposer à des élèves de 16 ans un niveau pour lequel ils n’ont pas les bases est

insensé. Depuis dix ans, nous sommes préparés à passer un certain bac, qui
correspond à un certain niveau scolaire. L’ennui, c’est qu’il faut des fondations pour
construire un bâtiment solide. Surtout s’il s’agit d’un building.
Enfin, le rythme effréné auquel nous devons nous plier est éreintant. En effet,
le contrôle continu ainsi que la masse de devoirs que nous avons à effectuer tout au
long de l’année nous obligent à maintenir une pression constante. À cela s’ajoutent
les épreuves anticipées tous les trois mois, le bac blanc de français et les épreuves
finales de l’année de première. Évidemment, ces examens seraient plus abordables
si l’afflux de devoirs était réduit pendant leur déroulement, et si ne serait-ce que
l’heure précédant l’épreuve était banalisée.
De plus, les professeurs de français ont été habitués à être « les seuls » lors
de l’année de première. Ils maintiennent donc la même charge de travail que les
années précédentes, alors que dorénavant nous avons huit autres épreuves. Nous
savons bien entendu que cela part d’une bonne intention, il serait cependant
judicieux d’adapter le bac de français à cette nouvelle réforme.
Une telle pression conduit fatalement à une grande détresse psychologique,
aussi bien chez les élèves que chez les professeurs. Un stress qui ne peut d’ailleurs
pas être évacué par les activités extra-scolaires, que nous n’avons plus le temps de
pratiquer. Une réforme qui influe donc directement sur notre santé personnelle. Dans
de telles conditions, pouvons-nous réellement réussir notre bac ?

Nous tenons à ajouter que si le gouvernement souhaite des retours sur la
réforme, s’adresser uniquement aux professeurs et aux parents d’élèves n’est pas
très représentatif de tous les ressentis. S’il pense que l’on peut sauter des échelons
en passant des épreuves de niveau terminal en classe de première, il estimera sans
doute également que nous serons capables d’échanger nos impressions. Étant les
premiers concernés, il est infantilisant de ne pas nous prendre en considération.
Nous apprécierions donc que le gouvernement tranche : sommes-nous des enfants,
ou des adultes ?
Nous vous prions d’agréer l’expression de nos salutations distinguées. »
Élèves du Lycée Les Iris, Lormont
Pensé et rédigé par Noé BRUSSAC, Talia TOURRIOL et Sofia KAOUDJI

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