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Marche des fiertés : contexte, réclamations et bilan – Edito

Vous avez sûrement vu beaucoup de marques arborer les couleurs de l’arc en ciel sur leurs logos ou dans leurs publicités. Il s’agit d’un hommage rendu aux personnes de la communautés LGBTQIA+ durant ce mois de juin, le mois des fiertés.

J’ai pu assister à la Marche des fiertés (« Pride ») qui s’est tenue à Lille le dimanche 13 juin. Certains pensent qu’il ne s’agit que d’une fête mais cela va beaucoup plus loin.

En effet, la « Pride » est là pour commémorer les émeutes de Stonewall qui se sont déroulées pendant la nuit du 28 juin 1969 à New York dans le Stonewall Inn, un bar situé dans le quartier de Greenwich Village.

A cette époque, les rassemblements des personnes LGBTQIA+ sont interdits au États-Unis. La police effectue donc très fréquemment des descentes dans les bars réputés pour réunir des membres de la communauté.

Cependant, ce 28 juin 1969, tout bascule lorsque des personnes, principalement des femmes transgenres telles que Marsha P. Johnson ou Sylvia Rivera et des hommes « efféminés », commencent à se révolter contre la police. Un an après, une marche commémorative aux victimes de cette émeute est organisée. C’est ainsi que la « Pride » telle qu’on la connaît aujourd’hui est née.

En ce dernier jour du mois des fiertés, rendons hommages aux personnes qui se sont battues pour nos droits durant les émeutes de Stonewall !

La « Pride » n’est pas seulement une commémoration de ces évènements de Stonewall. Elle permet aussi à cette communauté de pouvoir affirmer son existence et de pouvoir obtenir les mêmes droits que les personnes hétérosexuelles cisgenres et dyadiques*.

Le 23 Mars 2021, une députée, Laurence Vanceunebrock, a déposé une proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion. Ce sont des tortures/pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Mais cette proposition n’a toujours pas été mise sur l’agenda politique. Ces pratiques sont inefficaces et peuvent avoir des répercussions graves sur la santé mentale. Beaucoup de pays européens, comme l’Allemagne, ont déjà interdit les thérapies de conversion. Alors qu’attendons nous pour interdire ces pratiques inhumaines et inefficaces ?

Il existe un excellent reportage de la chaîne Arte, « homothérapies, conversion forcée », qui traite des thérapies de conversion et que je vous conseille de regarder.

Hier, le 29 juin 2021, la PMA (procréation médicalement assistée) pour tous.tes a été acceptée par l’assemblée nationale. De nombreuses modifications ont été apportées par cette navette parlementaire, notamment l’exclusion des personnes transgenres ou encore le refus de la méthode ROPA, qui consiste à prendre l’ovule du premier partenaire, de le féconder, puis de mettre l’embryon dans l’utérus de l’autre partenaire.

C’est une avancée en terme de droits pour la communauté. Cependant, nous souhaitons l’ouverture de la PMA pour tous.tes aux personnes transgenres.

Nous souhaitons également la fin des mutilations génitales sur les personnes intersexes qui sont encore réalisées, malgré les condamnations de l’ONU et de la CEDH**. Les personnes intersexes sont rarement mises sur le devant de la scène y compris dans la communauté LGBTQIA+. C’est une des raisons pour laquelle ces mutilations persistent. Donnons-leur la parole et écoutons-les !

Les parcours de transition pour les personnes transgenres sont à revoir, les démarches peuvent être très longues et très complexes à entreprendre, notamment les demandes de changement de prénom ou d’état civil. J’ai un ami transgenre qui a fait sa demande de changement de prénom depuis 4 mois et qui n’a toujours pas de réponse. Il m’a également confié qu’il faut réunir une quantité importante de documents administratifs pour que la demande soit prise en compte.

Depuis 2013, grâce aux lois Taubira, l’adoption est autorisée pour les couples de même genre. Ainsi théoriquement les couples hétérosexuels et homosexuels ont le même droit, mais dans les faits ce n’est pas toujours le cas. En effet, certains services d’adoption réservent des enfants dits « atypiques » pour les couples homosexuels. Ce sont généralement des enfants atteints de troubles ou de handicap.

En plus, de devoir nous battre pour avoir les mêmes droits, nous devons lutter contre les discriminations et cela dans tous les domaines de notre vie, que ce soit dans la famille, au travail, à l’école. Ces discriminations sont omniprésentes.

Pour terminer avec une petite touche d’espoir, jeudi 10 juin, l’assemblée nationale a voté un amendement qui supprime le délais d’abstinence obligatoire de 4 mois pour les hommes ayant des relations intimes avec des hommes. Ainsi, les personnes homosexuelles et hétérosexuelles seront soumises au même traitement durant le don du sang. Cela entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2022. Cette avancée est la preuve que les mouvements LGBTQIA+, notamment la « Pride », permettent de réellement obtenir nos droits. Continuons donc à lutter pour nos droits !

  • *cisgenre : personne non transgenre
  • dyadique : personne non intersexe
  • **ONU : Organisation des Nations Unies
  • CEDH : Cours Européenne des Droits de l’Homme

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