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Rentrée scolaire des enfants : « On se rend compte que la loi inclusion n’est pas du tout respectée seize ans après sa mise en application »

Ce jeudi 2 septembre 2021, comme des milliers d’enfants en France, Dounia Mezine prenait le chemin du lycée pour y faire sa rentrée scolaire. Mais comme c’est le cas de plusieurs enfants en France, elle s’est vue refuser l’accès au lycée, l’établissement ne pouvant pas l’accueillir sans accompagnant pour les élèves en situation de handicap (AESH). Hier après-midi, la mère de Dounia et fondatrice de l’association “Le Courage de Dounia”, Aïasha, a exprimé sa lassitude et déploré le manque de moyens de l’éducation nationale dans une courte vidéo sur Facebook.

Dounia lors d’activités manuelles avec les Pôles Ressources Jeunesse de Roubaix, 59100. Credit photo : @couragededounia Facebook

Le ras-le-bol affiché d’Aïasha.

La fondatrice du “Courage de Dounia”, association créée pour récolter des fonds afin d’améliorer le confort quotidien de sa fille atteinte d’une maladie génétique rare, l’ataxie télangiectasie, a déploré hier sur Facebook la situation inacceptable de sa fille, privée de rentrée scolaire. Dans une courte vidéo marquante, elle explique que le lycée dans lequel Dounia est scolarisée ne peut pas l’accueillir dans de bonnes conditions tant qu’elle n’aura pas un.e AESH individuelle pour l’accompagner. Mais le lycée ne peut pas dire quand Dounia aura le droit de rejoindre ses camarades car l’établissement ne sait pas quand elle pourra disposer d’un.e AESH. Dounia et sa mère se retrouvent donc plongées dans l’incertitude, et Dounia n’a pas eu le droit de faire sa rentrée comme tous les autres élèves de France. Au lieu de cela, elle s’est retrouvée, malgré elle, au cœur d’une réunion angoissante et imprévue qui a détruit six mois de travail à l’IEM Dabadie de Villeneuve d’Ascq (institut d’éducation motrice). Durant sa prise de parole, Aïasha déplore le manque de moyens engagés par l’éducation nationale pour accomplir la promesse d’une école inclusive, mise en place dans par une loi en 2005. Aïasha et Dounia en ont assez, et la mère de Dounia réclame des solutions afin d’éviter que des enfants ne soient exclus. Dounia se sent mise à l’écart, et sa mère, Aïasha est en colère. Elle alerte sur les trop nombreux enfants qui sont comme Dounia et qui n’ont pas de structure pour les accueillir.

Le lycée était au courant de l’arrivée de Dounia, puisqu’elle avait participé à deux immersions au sein de l’établissement les 18 et 20 mai 2021. De plus, sa maman avait reçu les notifications de la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) le 3 mai 2021 signifiant que Dounia pouvait intégrer une classe ULIS avec une AESH individualisée, mais la direction semblait pourtant étonnée de la voir le jour de la rentrée. Le PIAL (pôle inclusif d’accompagnement localisé) a proposé à Dounia d’avoir à sa disposition une AESH individualisée, mais elle ne pourrait se rendre à l’école que deux heures par jour. Cette proposition a été refusée par sa mère et elle, estimant que cela ne servirait à rien pour une jeune fille qui a de l’ambition.

Finalement, le vendredi 3 septembre, le lycée a annoncé que Dounia pourrait intégrer sa classe accompagnée d’une AESH dès lundi. Mais la réunion de la veille l’a traumatisée et a détruit le travail effectué ces six derniers mois à l’IEM. Elle a donc décidé de retourner dans cet IEM jusque jeudi pour reprendre confiance en elle, avant de retourner au lycée.

Dounia. Credit photo : @couragededounia, Facebook

Cette victoire reste cependant amère pour Aïasha, qui ne devrait pas avoir à se battre pour que sa fille puisse aller à l’école. Certains parents pourraient baisser les bras face à cette difficulté supplémentaire, administrative et psychologique. C’est pour cette raison qu’Aïasha, Fatma et Khadidja s’investissent dans l’association “Le Cercle des Aidants Familiaux” pour épauler et encourager ces familles.

« Stop, stop, là on se rend compte que la loi inclusion votée en 2005 n’est pas du tout respectée seize ans après. (…) C’est inadmissible qu’en 2021 des jeunes ne puissent pas avoir accès à l’éducation à cause du manque de moyens financier et humain. »

Aïasha Mezine

La promesse de l’ « école inclusive ».

Sur le site de l’éducation nationale, on peut y lire : « tous mobilisés pour une école inclusive afin d’offrir à chaque enfant en situation de handicap une rentrée similaire à celle des autres enfants ». Cette promesse était l’objectif de la rentrée de 2019, et sur cette même page, on peut lire que des mesures concrètes seront prises pour un aboutissement total en 2022. Nous sommes à la rentrée scolaire 2021-2022, et tous les enfants en situation de handicap n’ont pas le droit à leur rentrée scolaire.

La loi dont parle Aïasha est la loi sur l’école inclusive votée en 2005. Elle garantit que l’éducation nationale mette tous les moyens en œuvre pour scolariser tous les enfants en situation de handicap dans l’école la plus proche de chez eux, ou d’assurer leur scolarisation dans un établissement adapté, le cas échéant. Toujours sur le site du ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports on peut trouver un édito de Jean-Michel Blanquer et Sophie Cluzel qui vantent la hausse de la part budget du ministère consacré à cette mission d’inclusion. Depuis 2005, le budget dédié aux enfants en situation de handicap a augmenté de 25%, ce qui représente 2,4 milliards d’euros investis pour 340 000 élèves, ce qui correspond à environ 7 000€ par enfant. Le nombre d’accompagnant aurait lui aussi augmenté tout en supprimant leur situation précaire.

Malgré tous ces chiffres et ces hausses d’investissement, ce n’est toujours pas suffisant.

La réalité décevante face au manque de moyens humains.

L’école inclusive était la priorité du quinquennat d’Emmanuel Macron. Malheureusement, si la situation a pu s’améliorer, le manque de moyen humain reste à déplorer.

Les AESH, dont la mission est de répondre aux besoins d’un.e élève qui requiert une attention soutenue et continue et de favoriser son autonomie, ont connu quelques avancées, comme la revalorisation de leur salaire à la rentrée, mais cela reste insuffisant pour encourager ce métier indispensable. En effet, les AESH sont en situation précaire : en CDD CDIsable au bout de 5 ans d’exercice. De plus, ces accompagnateurs sont généralement à temps partiel imposé, ce qui diminue leur salaire. Ils gagnent l’équivalent du SMIC horaire sur un temps partiel de 20 à 27 heures généralement, ce qui représente 700€ à 900€ net par mois. On peut également souligner un manque de formation des AESH. Les accompagnateurs peuvent être embauchés sans diplôme avec une formation incluse dans le contrat. Cependant, ce métier est complexe et si les accompagnateurs souhaitent disposer de connaissances complètes, les formations prennent beaucoup de temps et ne sont pas toujours prises en charge financièrement.

La situation précaire des AESH pour un travail indispensable et merveilleux n’encourage pourtant pas à se lancer dans ce métier. Ainsi, beaucoup d’élèves, comme Dounia, se retrouvent sans accompagnateur, par manque de moyen humains.

Les promesses du gouvernement quant à l’école inclusive sont malheureusement loin d’être respectées au vu du manque de moyen qui prive des enfants du droit fondamental à l’éducation, ce qui est intolérable en 2021.

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