Histoire

Une minute et 49 secondes. Il y a six ans.

Une minute quarante neuf secondes. C’est le temps qu’ont mis les frères Kouachi pour tuer douze personnes, au 10 rue Nicolas-Appert, le 7 janvier 2015, à Paris.

Une minute quarante neuf secondes, c’est aussi le titre qu’a choisi Riss, directeur des publications de Charlie Hebdo, pour son livre. 

Une minute quarante neuf seconde, c’est le temps qu’il a fallu pour détruire l’hebdomadaire Charlie Hebdo ce mercredi matin de janvier. 

Il n’y a pas de mot pour décrire cette tragédie qui a touché la France, puis le monde entier. Le 11 janvier, quatre jours après l’attaque, des milliers de gens dans le monde entier brandissaient des pancartes avec le slogan « Je suis Charlie ». Ils étaient Charlie parce qu’ils craignaient pour la liberté d’expression. Cette attaque a réuni la France dans son combat pour défendre cette liberté. Mais derrière cette attaque symbolique, des êtres humains ont été blessés, d’autres ont été tués. Les survivants ne se sentiront plus vivants, et ont perdu une partie des moteurs du journal, de leur vie. 

Il n’y a pas de mot pour décrire ce que les rescapés de cette attaque ont vécu, ressenti, perdu. Riss le dit lui-même : « Il est impossible d’écrire quoique ce soit ». Pour exprimer au mieux ses sentiments, Riss alterne entre récit du 7 janvier, souvenirs antérieurs de sa vie qu’il ramène toujours au 7 janvier, récit de sa convalescence et du retour au journal, et portrait de ses collègues et amis innocents qui ont perdu la vie. Après l’attaque, c’est un monde qui s’est écroulé pour le journal. L’équipe avait perdu douze de ses collaborateurs, les actionnaires voulaient à tout prix recevoir leurs dividendes, le journal était à reconstruire. Comme si la guerre externe ne suffisait pas, certains rescapés étaient en tension entre eux. Concours de celui qui a le plus le droit de se plaindre. Même si Charlie Hebdo avait déjà connu des difficultés financières auparavant, et avait même cessé de paraître entre 1982 et 1992, le journal existait. Mais la crise que doit affronter le journal est sans précédent. C’est tous ces moments que raconte Riss. Il évoque les difficultés de vivre après avoir vécu un tel drame. La difficulté de se réinventer, et réinventer le journal quand ceux qui l’ont crée ne sont plus là : « Les blessés ont du mal à exister. Ils ne sont pas mort et leur nom n’est inscrit nulle part. Mais ils ne sont plus les vivants qu’ils étaient avant ». Mais il retrace également l’histoire de la construction et reparution inattendue du journal en 1992. La rencontre entre des dessinateurs qui s’amusaient dans leur travail. Les singularités de chacun de ses membres, leurs façons de travailler, les moyens utilisés, la rigueur qu’ils s’imposaient. Il partage également toutes les questions qu’il se pose après le drame, il remet la vie et sa valeur en question. Mais il y a un point sur lequel Riss ne déroge pas. Charlie Hebdo ne peut pas plaire à tout le monde. C’est impossible. Il ne se privera donc jamais de publier une caricature, ou de critiquer quiconque. Riss désigne l’attentat du 7 janvier comme politique. Les terroristes avaient pour objectif d’empêcher la diffusion d’idées qui étaient contraire à leurs convictions. Mais Riss clame, et ne cessera de clamer la liberté d’expression. Cette notion de liberté ne peut s’exercer que si on l’utilise. La liberté n’existe que si les journalistes s’expriment pour publier des informations et des opinions. Alors comme le résume bien Riss : « Que le journal fasse seize pages, douze pages, huit pages, ou seulement quatre, Charlie Hebdo continuera coute que coute. Indestructible, même imprimé sur une feuille de PQ ».

Dans son livre, Riss fait part aux lecteurs de sa peur que l’attentat du 7 janvier, comme nombre d’autres drames, soit oublié. Le temps, les nouveaux drames, les nouvelles crises effacent les anciennes plaies, et nous finissons par les oublier. Dans ce « travail d’oubli », l’image de Charlie Hebdo comme résistant fasse à la menace islamiste risque de s’effacer. Alors tout comme nous le faisons pour les victimes des crimes nazis, les victimes de la Grande Guerre, les victimes de la Terreur, nous devons faire ce travail de mémoire pour les victimes de Charlie Hebdo. Quoi que l’on pense de ces caricatures, ce journal n’a rien fait de mal. Les journalistes ne faisaient que leur travail.

Ils s’appelaient Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Cabu, Elsa Cayat, Charb, Honoré, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Tignous, Georges Wolinski, Ahmed Merabet. 

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