Politique

Votez ! – Edito

Ce dimanche 20 juin, se tenait le premier tour des élections départementales et régionales. Le taux d’abstention était de 66,1%. 16,2 millions de Français sur les 47,9 millions inscrits sur les listes électorales* se sont déplacés aux urnes. C’est un triste record que nous avons battu, alors que le précédent était de 59,37% d’abstention en 2009 pour les élections européennes.

J’ai 19 ans, et ce dimanche, je suis allée voter pour la première fois de ma vie. Depuis que j’ai compris comment fonctionnait une démocratie, je n’attendais qu’une chose : aller voter. Et depuis mon obtention du droit de vote, je souhaite accomplir mon devoir de citoyenne. J’avais la ferme intention de participer à la vie politique, et je l’ai fait. Après l’avoir observée, longtemps critiquée sans ne pouvoir rien changer, je suis fière d’avoir contribué à la faire vivre, en portant ma voix auprès de nos dirigeants. On me donne la possibilité de m’exprimer consciencieusement, et je l’ai fait. J’ai enfin accompli ce rituel presque sacré du vote, appris dans les manuels scolaires. Et ce dimanche, j’ai fait honneur à ceux qui se sont battus pour obtenir le principe « un Homme, une voix », et de faire du vote un devoir. J’ai fait honneur à celles qui ont lutté pour rendre ce droit universel.  

J’ai 19 ans, et ce dimanche, quand je suis entrée pour la première fois dans un bureau de vote pour voter, il était vide. Je suis restée consternée, dans l’incompréhension. 

En France, le vote n’est ouvert à toutes et tous que depuis 1945, seulement 76 ans. Seulement 76 ans que le suffrage est universel, et nous nous permettons déjà de déroger à ce qui constitue une démocratie, à ce qui porte notre République Française. Des années de lutte contre l’inégalité du suffrage censitaire, des années de combat pour faire du suffrage dit « universel », réellement universel. Maintenant qu’on peut jouir du droit de vote presque sans contrainte, on l’ignore? On l’oublie? 

Voter librement est une des conditions de la démocratie. En France, nous avons la chance de pouvoir faire valoir notre opinion, sans craindre la répression. Ce n’est pas le cas de tous les Etats, bien au contraire. La France est une démocratie libérale. Vous pouvez choisir de voter, ou de ne pas voter. Mais si vous n’exercez pas ce droit, la démocratie s’en trouve fragilisée. La liberté et les droits sont une lutte de tous les jours, et peuvent nous être retirés à tout moment. Sans électeur, les dirigeants ne représentent personne. Sans électeurs, qui est la France?

Votez pour peser. En déposant un bulletin dans l’urne transparente, vous choisissez les personnes qui ont le pouvoir de changer votre quotidien. Vous n’aimez pas la politique? Vous trouvez que cet univers d’utilité générale est au service des intérêts personnels des candidats? Vous avez le droit. Mais la politique n’est pas qu’une question de centre d’intérêt. On ne peut l’éviter. La politique est présente. Tous les jours, partout, tout le temps. Votre vie est réglée par la politique. Les départementales et régionales ne sont pas importantes? C’est faux. Ce sont des collectivités proches de nous. La petite enfance, les collèges, les ainés … pour le département. Les lycées, les transports, la formation professionnelle… pour la région. Voter, c’est être maître de son quotidien. S’abstenir, c’est montrer un désaccord. Mais ceux qui se sont déplacés ont plus de poids que ceux qui sont restés chez eux.

Votez pour légitimer. Vous souhaitez voir un parti au pouvoir? Allez voter! Les autres ne le feront pas pour vous. Votre voix n’est pas qu’une parmi tant d’autres. Chaque voix compte. Un Homme, une voix. Chaque électeur est un soutien supplémentaire qui ancre la légitimité démocratique d’un élu. Comment nos dirigeants peuvent gouverner au nom de l’intérêt national si celle-ci ne lui donne ni soutien, ni indication?

Votez pour critiquer. Sans voter, vous ne pouvez pas vous permettre de juger une politique publique. Vous n’avez ni choisi une idée, ni protesté contre une autre. Vous êtes resté passif. Vous n’êtes pas satisfait de l’action du département, de la région, des députés? Vous n’avez rien fait pour l’empêcher. En votant, vous avez le pouvoir de manifester votre mécontentement. En attendant la reconnaissance du vote blanc, votez pour protester.

J’ai 19 ans, et dimanche prochain, je voterai pour la deuxième fois de ma vie. Voter est un précieux droit que l’on ne peut se permettre d’abandonner. Ensemble, nous écrivons l’histoire. Ensemble, nous incarnons la France. Ensemble, nous prenons les choses en main. Ensemble, nous maintenons la démocratie. Même après 10, 20 ou 30 ans d’expérience du vote, ne perdez pas la flamme qui vous a animé lorsque vous avez entendu « A voter » après avoir glissé votre bulletin dans l’urne pour la première fois. 

Alexis de Tocqueville (1805-1859) a déclaré : « Les français comptent toujours, pour se sauver, en un pouvoir qu’ils détestent, mais se sauver par eux-mêmes est la dernière chose à laquelle ils pensent ». Faites mentir Tocqueville. Vous pouvez vous sauver vous-même, par le vote. Lorsque, dans l’isoloir, vous choisissez quel papier mettre dans l’enveloppe, vous avez le contrôle sur ce que vous souhaitez pour l’avenir du pays. Ne laissez pas la pluie ou le beau temps vous empêcher d’accomplir un devoir citoyen. Vous pouvez allez voter, alors faites-le. Remplissez ces bureaux de vote le 27 juin, et lors de toutes les prochaines élections.

*En mai 2021, selon l’INSEE

Un des bureaux de vote de Lille. Image de Laurie Moniez, correspondante du journal Le Monde à Lille.

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